Attendu au tournant mercredi 06 mai 2020 par tous les secteurs abandonnés de la culture suite à la crise économique engendrée par le coronavirus, le Président Emmanuel Macron a peu convaincu.

Les artistes et la culture, les laissés-pour-compte

Un plan d’aide à la culture et des mesures concrètes et importantes étaient déjà attendues depuis le mois de mars.
Quelques chiches mesurettes ont été avancées, mais très loin de ce qu’avait donné (ne serait-ce qu’en terme de montant) notre voisin allemand que l’on prend souvent comme point de comparaison dans beaucoup de domaines.

Bref, en France le compte n’y est pas et beaucoup trop de personnes sont toujours sur la touche.
Un comble pour un pays qui n’arrête pas de vanter son exception culturelle !
E. Macron l’a encore dit : « La culture a un rôle à part ».

Pour rappel, le secteur de la culture représente environ 1,3 million de personnes. Ce qui est loin d’être anecdotique.
Cela correspond à plus de 90 milliards d’euros de chiffre d’affaire, soit l’équivalent de celui de l’agriculture ou deux fois plus que celui du secteur automobile.
Et pourtant, rien que pour Renault, l’État lui a attribué une aide de 5 milliards d’euros (voir article).

Tous les détails des aides précédentes attribuées à la culture dans notre article précédent, en bas de page.

Pression du show-business sur le Président de la République et le ministre de la culture

Suite à l’arrêt des festivals, concerts, tournages de films, sans oublier les fermetures des cinémas et des théâtres, quelques personnalités du cinéma telles que Jean Dujardin, Omar Sy, Catherine Deneuve, Patrick Bruel, avaient écrit fin avril une lettre ouverte à Emmanuel Macron, pour venir en aide à la culture et notamment aux intermittents du spectacle.
D’autres comédiens se sont fait également les portes-paroles de cette action comme Isabelle Ajdani le 04 mai dernier.

Il y avait en effet urgence, le ministre de la culture, Franck Riester, étant aux abonnés absents depuis plusieurs semaines.
Ce qui a occasionné sur la toile quelques piques comme celle-ci :

Plan d'aide à la culture : annonce humoristique d'alerte enlèvement de Franck Riester

Donc, Emmanuel Macron (le seul qui a parlé) s’est fendu d’une visioconférence en présence de quelques personnalités du monde culturel.
Enfin, juste une partie. Tous les secteurs n’étant pas représentés, loin de là. On avait cette impression, en l’écoutant, qu’il n’y avait que le spectacle vivant et le cinéma qui étaient importants.

Les annonces

C’est à grand coup d’effet de manches…retroussées que le Président de la République à dévoilé quelques nouvelles aides accordées à la culture alors que son ministre attitré semblait les découvrir lui-même en direct, prenant à tout bout de champ des notes.

Plan d'aide à la culture : visioconférence d'Emmanuel Macron.
  • Prolongation des droits des intermittents jusqu’en août 2021.
  • Création d’un fonds d’indemnisation temporaire pour les tournages annulés.
  • Création évoquée d’un fonds d’indemnisation pour les festivals.
  • 50 millions d’euros pour le Centre National de la Musique.
  • Un programme de commandes publiques pour des jeunes artistes de moins de 30 ans.

Comme on peut le voir, à part une belle avancée pour les intermittents du spectacle, tout le reste de ce plan d’aide à la culture est évasif et sujet à commentaires et expectatives.
Pas plus d’infos de dates pour la mise en place de ces quelques mesures ou projets, ni de montant (mis à part celui pour le CNM).

Ce monologue n’a guère convaincu en France (cet article), ni même à l’étranger (cet article).

Par ailleurs, E. Macron invite les artistes et intermittents à participer à l’éducation culturelle des jeunes dans les écoles ou pendant les colonies de vacances, ce qui pourrait d’ailleurs « leur permettre de faire des heures ».

Le discours de ce plan d’aide à la culture a été également ponctué de phrases grandiloquentes :

  • « On ne pourra pas vivre nos vacances comme d’habitude. On doit en faire un été apprenant (?!) et culturel ».
  • En faisant allusion au pragmatisme de Robinson Crusoë, pour survivre, « il va dans la cale (de son bateau échoué) chercher du jambon et du fromage ».
  • « Il faut enfourcher le tigre ». Comprendre : mettre tous les moyens en oeuvres pour que la culture demeure et surmonte la crise.

Et toujours des oubliés de ce plan d’aide à la culture

À l’instar des annonces effectuées au mois de mars, tout un pan du secteur culturel a été encore quasiment oublié, à peine évoqué dans une phrase de conclusion de cette visioconférence :

La timide et difficile reprise après le déconfinement

Certes, à partir du 11 mai, certains musées (voir le calendrier des réouvertures), les librairies et les galeries d’art pourront reprendre leurs activités (avec des règles sanitaires strictes).

En revanche, un premier rendez-vous est donné fin mai/début juin pour définir ce qu’il en sera concernant les théâtres, cinémas, opéras, etc.
Un second rendez-vous est prévu également fin août/début septembre concernant la prochaine saison des festivals.
Il est difficile de se projeter, car il n’y a pas de visibilité à long terme sur ce qu’il adviendra du coronavirus, selon E. Macron.

Plusieurs pistes possibles ont été données et qui n’enchantent guère les professionnels :
Restreindre les salles de cinémas ou de spectacles avec un siège vide, voire deux entre chaque spectateur. Sans oublier les contrôles et restrictions sanitaires qui s’accompagnent.
Ce qui n’est pas économiquement viable selon les gérants de salles.

Pour Stéphane Lissner, le directeur de l’Opéra de Paris, « autant ne pas ouvrir », dit-il.
Ces mesures restrictives seraient impossibles à mettre en place, compte tenu de la gestion du public d’une part, mais aussi des artistes sur scène, de l’orchestre et des salariés (lire cet article).

Sur les lieux de tournage, il faudrait respecter la distanciation entre artistes et techniciens. Limiter également le nombre de ces derniers sur le plateau.

Bref, une sinécure, à moins de faire comme dans ce clip parodiant une série à l’eau de rose et réalisé avec Daniel Craig (méconnaissable avec sa perruque).
Imaginez des scènes tournées « en toute sécurité sanitaire » pour les acteurs !
Le résultat, quant à lui, est… désopilant :

N’oublions pas les banques et notamment les assurances qui ne jouent pas le jeu (ce qu’a rappelé à juste titre E. Macron), qui ne veulent plus prendre de risque, voire qui ont oublié, pour certaines d’entre elles, qu’elles avaient un rôle d’indemnisation lié aux primes spéciales pandémies payées par certains organisateurs de festivals ou de concerts.

Exemple avec le Hellfest, où l’assureur a déclaré que l’indemnisation demandée ne rentrait pas dans le cadre du coronavirus (lire cet article).
Pour la société Gérard Drouot Production (concerts), c’est encore mieux : l’assureur a décrété que la société n’est plus assurée, malgré une cotisation spéciale versée de 3,5 millions d’euros (lire cet article).

Un avenir culturel encore bien flou

Au-delà de tous ces aléas, de ces interrogations et de la pérennité de la culture, cette nouvelle crise économique est en train de créer de nombreux dégâts humains et beaucoup vont rester sur le bord de la route.

Le « flou artistique » autour de ce plan d’aide à la culture ne réconforte finalement pas grand monde.
Et ce ne sont pas les effets de langage répétés à l’envi, du genre « il va falloir réinventer des formes de spectacles et de créations », qui vont atténuer les craintes justifiées.

Affaire à suivre…


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La crise économique liée au covid-19 et son amplification à venir nuit fortement à la culture de façon générale et, on a tendance à l’oublier, aux artistes en particulier.Et ce n’est pas l’aide anémique de l’État qui va améliorer les choses.Qu’en est-il ? Coronavirus et crise économique La situation générale Artistes et Culture se retrouvent

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